A voir : La Chorale

© by WAO! WORLD / Kaze

© by WAO! WORLD / Kaze

Dans les années 50, l’école primaire de Kiba a le projet de participer au concours local de chant. Les meilleurs chanteurs sont sélectionnés dans chaque classe. A son grand étonnement, Akira est choisi, ce qui le ravit puisqu’il pourra ainsi côtoyer la jolie et talentueuse nouvelle élève, Shizu. Malheureusement, un évènement tragique viendra tout bouleverser…

Des répétitions (sur le toit-terrasse de l’école notamment, avec vue sur la mer, c’est bath !) jusqu’au concours final, La Chorale nous plonge dans l’univers du Doyo, ces chansons traditionnelles d’écoliers aux thèmes nostalgiques et bucoliques. Le Doyo est présenté comme un patrimoine musical de la culture nippone, ces chants « illustrent la beauté et le phrasé mélodieux de la langue japonaise et renferment l’âme et la sensibilité raffinée des Japonais » dit l’un des personnages. Une richesse en péril si nul ne la transmet.

Akio Nishizawa filme les scènes de chant en les entrecoupant de plans illustratifs des paroles, alors, si ce n’est pas déjà systématique pour vous, je vous conseille vivement de visionner le DVD en VO sous-titrée.

A lire : Kids on the slope

SAKAMICHI NO APOLLON © 2008 Yuki KODAMA / Shogakukan Inc.

SAKAMICHI NO APOLLON © 2008 Yuki KODAMA / Shogakukan Inc.

Ce n’est pas un manga pour se vider la tête avant un cours (rien que la couverture vous le dit tout de suite) mais ce n’est pas non plus le genre de manga qu’on va lire contrainte et forcée parce qu’il faut bien lire autre chose que de la guimauve (et que la bibliothécaire l’a recommandé dans sa sélection*). Kids on the slope, littéralement « les enfants sur la pente » (merci Google trad), se lit presque malgré soi. Je ne suis pas une fan de jazz (euh oui, parce que je ne vous ai pas dit mais cela parle de jazz, et non ce n’est pas un nouveau gros mot). Je ne suis pas fan de jazz, disais-je, mais au final je me suis retrouvée au 7ème volume sans même m’en rendre compte. Les personnages sont très attachants et l’histoire (terminée en 9 volumes, yes !!!) est très bien maîtrisée (d’accord je n’ai pas encore reçu le 9ème tome mais cela se sent).

Je vous accorde que le côté années 60 au Japon risque de perturber quelques jeunes lecteurs mais justement, c’est l’occasion « d’humer » un peu cette époque si particulière dans l’histoire de la musique et dans l’Histoire tout court.

Houlà, je sens que je vous ai perdus ! Du calme Rika, pouvez-vous me dire : on n’est pas en cours (oui et d’ailleurs vous ne devriez pas y aller ?)

Finissons la critique avant cette perfide tentative de « lisez, vous allez apprendre plein de choses sans même vous en apercevoir ».

En résumé : Santaro, Kaoru et Ritsuko  forment le triangle amoureux (là vous n’allez pas me dire qu’on n’est pas en territoire  connu), les personnages secondaires sont « top », je dirais même que j’aurais aimé les voir un peu plus en détails et l’histoire est vraiment extra.

Alors, que diriez-vous d’essayer le jazz cet hiver ?

*prix du meilleur seinen 2012 au Japon, tout de même.

A voir : comment j’ai détesté les maths

comment j'aiUne fois n’est pas coutume, je vais vous parler d’un film qui n’a absolument rien à voir avec les mangas. Car notre exposition s’intitule tout de même : Maths et musique, il fallait donc bien en parler. De quoi ? Mais des maths bien sûr, Lyon 1 est une université scientifique, vous êtes au courant j’espère.
« Comment j’ai détesté les maths », tout un programme, n’est-ce-pas ? Qui peut affirmer sans rougir n’avoir jamais dit cette phrase : je déteste les maths !? Honnêtement, je dirais personne.
A part peut-être les mathématiciens qui nous parlent des maths dans ce … comment pourrais-je l’appeler ? Documentaire ? Objectivement, c’en est un. Mais, tout comme les maths, j’ai tendance à détester les documentaires, or j’adore celui-ci, il y a donc contradiction.

Comment résister lorsqu’on vous parle des maths comme on vous parlerait de poésie ? D’accord, dans les deux, on compte. Mais, alors que je peux décortiquer pendant des heures un poème (et oui, il y a aussi des gens bizarres qui ne sont pas matheux), je baille devant une équation. Il y a donc une différence. Pourtant, je me suis passionnée pour l’enthousiasme (communicatif) de ces hommes (euh, pas beaucoup de femmes, copie à revoir de côté-là). On en vient donc à se demander mais enfin, comment ai-je pu détester les maths ?
Mention spéciale à la séquence d’Oberwolfach, où l’on comprend à la fois que les mathématiciens sont des gens comme les autres et… absolument pas comme les autres. Regardez le film, ne serait-ce que pour la séquence sur les serviettes (oui, ma langue n’a pas fourché, j’ai bien parlé de serviettes). Elle débloque, me direz-vous ? Un film sur les maths et elle n’a retenu qu’une histoire de serviettes. Eh oui, je suis une littéraire, moi, et ce que j’ai retenu d’un film d’une heure et demi sur des maths et les hommes qui les font c’est une histoire de serviettes dans un refuge en Allemagne. On ne se refait pas, il faut croire.

Et pour ceux que je n’ai toujours pas convaincus de regarder ce film, watch this ! Je vous mets au défi de vous ennuyer !

A retrouver à Quartier libre

A lire : La Musique de Marie

© by FURUYA Usamaru / Gentôsha

© by FURUYA Usamaru / Gentôsha

Sur la paisible île de Pyrite, le gentil Kaï et la jolie Phyphi sont amis d’enfance. Phiphy aime Kaï mais lui n’a d’yeux (Dieu?) et d’oreilles que pour Marie et sa musique.

Banal triangle amoureux, me direz-vous? Et bien non car la bien-nommée Marie est une déesse automate qui plane au-dessus de l’île et sa musique aux vertus confucéennes adoucit les mœurs, assure l’ordre et l’harmonie en vouant à l’échec toutes avancées technologiques. Mais pourquoi Kaï est-il le seul à pouvoir la voir et l’entendre? Et qu’adviendra-t-il si la musique de Marie cesse ?

Un récit palpitant, énigmatique à souhait qui entremêle sentiments, rêverie fantastique et questionnements religieux et existentiels sur fond de musique divine. Et la fin surprenante est inouïe!

A lire : Debaser

© by RAF /

© by RAF /

A lire… ou pas…

Si vous aimez les histoires d’ados trop rebelles, agressifs, vulgaires, seuls contre une trop méchante société capitaliste, liberticide et décérébrée, et si en plus vous raffolez du graphisme crado et bâclé, alors ce manfra est fait pour vous. Ça se voit qu’il m’est tombé des mains dès le premier volume qui se termine par ce projet édifiant : « cassez les couilles à un max de gens, hein ? Tu peux compter sur moi pour leur exploser les tympans à tous ces connards » ? Le ton est donné !

Alors un petit résumé quand même : cela se passe à Paris, en 2020, les maisons de disque ont toutes fusionné en une seule, Mundial Musique, qui ne produit que de la variété mièvre chantée par des starlettes avec des poitrines malabars. Pour contrer cette horrible dictature culturelle, Anna, Joshua, et Nathan ont l’idée, révolutionnaire si l’en est, de monter un groupe de rock qu’ils appellent Debaser (en référence à une chanson des Pixies). Mais qui est pris qui croyait prendre, le rock redevient à la mode et intéresse donc Mundial Musique…

Bon, pardon, vous l’aurez compris, ce manfra n’est pas ma tasse de thé mais il plaît à d’autres, les Inrocks par exemple (c’est dire), alors à vous de voir… ou pas…

A lire : Fool on the rock

Fool on the rock © Chihiro Tamaki / Shonen Gahosha

Fool on the rock © Chihiro Tamaki / Shonen Gahosha

Après avoir été viré de son groupe de rock par ses potes, Hoshino n’a plus touché à sa guitare. Lycéen blasé, il sèche les cours et erre dans les salles de jeux d’arcade. Mais encouragé par un camarade de classe, talentueux violoniste et légèrement Jiminy Cricket sur les bords, il décide de se remettre à la guitare. Un soir, lors d’un concert, il est transporté par la courte et violente apparition sur scène de Kenji Imai, rockeur trentenaire, connu comme la bête noire des Live House (salles de concert) à cause à sa tendance à mettre la pagaille. Imai et Hoshino vont alors monter un groupe, mais encore faut-il trouver un bassiste et un batteur, et surtout un Live house qui accepte de les faire jouer !Dans ce manga c’est la passion qui fait la musique (et non l’inverse !).

Les compos et la technique viennent après, c’est un peu le défaut qu’on pourrait lui reprocher (pas assez réaliste sur l’approche purement musicale). Il faut dire qu’ici ce sont les membres du groupe, leurs motivations et leurs relations qui sont mis en avant. Ils deviennent alors vite attachants avec leurs caractères, leurs passions, leurs doutes et leurs choix : persister au-delà du raisonnable, abandonner ou s’accomplir autrement. Il y a aussi pas mal d’humour (Imaï, imprévisible et allumé, qui braille à tout va, on en redemande ! ) Chihiro Tamaki nous sert un graphisme plutôt sympa, avec du caractère et du punch, lors des scènes de concert surtout. Finalement, ce manga sur la musique se révèle bien cool et décalé, on le lit et on se dit « allez, j’monte un groupe ! » (ouais,  bon, finalement savoir jouer d’un instrument c’est quand même à prendre en compte…) Et on ne peut pas s’empêcher de comparer bêtement à Beck (incomparable et indispensable par ailleurs, Beck) ; alors on laissera Imai répliquer par un : « Me fais pas de l’ombre !!! ».

A lire : Beck

© 2001 Harold Sakuishi / Kodansha Ltd.

© 2001 Harold Sakuishi / Kodansha Ltd.

Yukio Tanaka a 14 ans lorsqu’il découvre le rock et rejoint le groupe Beck monté par son ami Ryûsuke.

Ce manga relate le parcours de Yukio et son groupe, passionnés de rock : des doigts écorchés vifs sur les cordes de guitare à force de s’entraîner aux premiers concerts incertains, de la tournée aux States aux festivals prestigieux, des premiers albums aux grands succès. Les péripéties musicales de Beck sont tissées à partir d’un rêve fondateur, récurrent et contagieux, qui fédère les membres du groupe, un rêve peuplé des grandes figures mythiques du rock : John Lennon, Freddie Mercury, Sid Vicious, Kurt Cobain… Imagine all the rockers

Et puis, sinon ce ne serait pas rock’n’roll, il y a aussi un peu d’alcool (juste un soupçon), des filles (enfin surtout UNE), de la sueur (beaucoup)… Et surgie des tréfonds du blues ancestral, il y a la guitare volée de Ryûsuke, Lucille, criblée de balles et méchamment convoitée, inspirée de la fameuse Gibson de BB King…

Avec un graphisme dynamique et maîtrisé, Harold Sakuishi rend particulièrement bien l’ambiance survoltée des concerts de rock. Cela donne envie de regarder et surtout d’écouter l’anime adapté de son manga.

Et en cadeau bonus, en fin de volumes, des dossiers thématiques sur le rock et des clefs de compréhension vraiment intéressants.

A lire : Conductor

© Nokiya 2010, 2011 © Manabu KAMINAGA 2010, 2011 / KADOKAWA SHOTEN Co., Ltd.

© Nokiya 2010, 2011 © Manabu KAMINAGA 2010, 2011 / KADOKAWA SHOTEN Co., Ltd.

De la musique, du suspense, des mensonges… une chose est sûr c’est que Conductor ne laissera personne indifférent ! L’histoire est dirigée d’une main de maître de la part du mangaka  Manabu Kaminaga, un peu comme un chef d’orchestre avec ses musiciens (comment ça elle était un peu facile cette blague ?).

Il faut bien le reconnaître, le mélange histoire d’amour-thriller, ben ça marche du tonnerre ! Pas nian-nian pour deux sous on se laisse porter par Naomi à la recherche de ses souvenirs perdus.

L’histoire se lit presque comme un huit clos : c’est palpitant, c’est haletant et même si certains raccourcis sont parfois pris (oui, bon, il faut bien qu’il y ait quelques points négatifs hein !) cela reste une série courte (youpi !!! fini les séries à rallonge !) qui se lit avec plaisir.

Bref je suis emballée et je vous conseille de vous laisser porter par la mélodie de Conductor (que voulez-vous, j’aime les métaphores musicales)

A lire : La Corde d’or

KIN-IRO NO CORDA by Yuki Kure © 2004 by Yuki Kure, KOEI Co., Ltd. / HAKUSENSHA Inc., Tokyo

KIN-IRO NO CORDA by Yuki Kure © 2004 by Yuki Kure, KOEI Co., Ltd. / HAKUSENSHA Inc., Tokyo

Un savoureux Shojo !

Kahoko Hino est lycéenne en section générale à l’académie de Seiso. Sa vie bien tranquille est totalement chamboulée par sa rencontre avec la fée Lili qui lui confie un violon magique et l’inscrit d’office au concours de musique annuel de l’école.

Autant dire qu’Hino, qui n’a jamais touché un archet de sa vie, ne se sent guère légitime dans ce tournoi très convoité auquel participent de nombreux beaux gosses de la section musique : le sympathique Hihara, l’élégant et faussement parfait Yunoki, le froid et cinglant Tsukimori… mais aussi le serviable Tsuchiura, de section générale comme elle, pianiste écorché vif sous ses airs de sportif.

Une kyrielle de personnages attachants, des situations au romantisme subtil et, pour lier le tout, la passion de la musique classique déclinée sous toutes ses formes : didactiques, émotionnelles, sensitives, sensuelles… Et en plus le graphisme est charmant !

Cerise sur le gâteau en marge du récit : la mangaka Yuki Kure intervient avec drôlerie pour nous remercier de lire son manga, nous faire part de ses préférences en matière de papier et de stylos, nous confier sa difficulté à dessiner les violons…

 

A lire : Ludwig B

© by TEZUKA Osamu / Kôdansha

© by TEZUKA Osamu / Kôdansha

D’abord c’est du Tezuka, on ne peut donc pas l’ignorer dans une sélection. Ensuite il s’agit d’un manga sur un grand compositeur, nous sommes donc bien dans le thème. Mais à vrai dire, comme Tezuka a pratiquement inventé tous les genres de mangas, ce n’est pas étonnant de le retrouver cette année aussi dans les mangas retenus. Ce manga est particulier à bien des égards dans la bibliographie du « dieu du manga »(eh oui, un petit mot savant de temps en temps, cela ne fait pas de mal, c’est pas parce que je ne lis que des mangas que je ne peux pas me la jouer un peu) : c’est un titre inachevé, et pour cause, c’est sa dernière œuvre ! Tezuka est mort avant de l’achever, un peu comme Beethoven est mort avant d’achever la 10e symphonie (dont l’existence même est sujette à caution). Et puis vous le retrouvez dans la sélection, parce qu’évidemment Ludwig B c’est Beethoven. Tezuka n’allait pas consacrer une série à un compositeur mineur !

Il s’est frotté à un génie dont la vie mouvementée pouvait largement alimenter un scénario. Car si la série qui ne fait que deux tomes (en France il est en plus paru dans un mini-format, attention à ceux qui ont la vue qui baisse !), elle devait au total en faire 10. Tezuka atteint d’un cancer et hospitalisé y a travaillé jusqu’à sa mort. Impossible donc de passer à côté du parallèle entre les deux créateurs, considérés tous deux comme des génies indépassables et bourreaux du travail jusqu’à leur dernier souffle.

Je sais bien que la plupart de ceux qui vont à Quartier libre n’ont pas l’habitude de ce genre de trait qui peut leur sembler trop « vieux », appelons un chat, un chat, mais qu’ils se disent que Tezuka a tout inventé dans le manga et qu’ils vont certainement découvrir l’origine de toutes les thématiques et de toutes les techniques si chères aux mangakas d’aujourd’hui. LireTezuka pour un amateur de mangas, c’est comme s’enrouler dans une couverture avec une tasse de chocolat : réconfortant, si familier et plein de bons souvenirs, le bonheur, quoi !